Adrian Utley
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Beth Gibbons
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Interview with Adrian, Geoff and Dave
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Interview with Beth Gibbons
Jusqu'à présent, tu refusais de parler aux journalistes. Pourquoi?
Je ne prends rien au sérieux, ni la
presse ni le groupe. J'analyse tout ce qui nous arrive avec une
grande froideur: je sais que dans un an ou deux, les gens ne s'intéresseront
plus à Portishead. Les journalistes seront repartis, à
la poursuite du nouveau groupe à la mode. Et ce jour-là,
je veux pouvoir me regarder dans une glace, pouvoir me dire que
j'ai été honnête, franche, sincère.
Je ne veux pas me retrouver seule et misérable, dans le
rôle de la petite star déchue... J'ai accepté
cette interview dans le seul but d'aider Geoff (Barlow, le musicien
du duo), qui se tape tout le boulot depuis des mois. Au départ,
nous nous étions mis d'accord : il donnait les interviews
et je posais pour les photos. Lorsque les premiers journalistes
sont venus nous rencontrer à Bristol, j'éclatais
de rire dès qu'on me posait une question. Je devenais toute
rouge, j'étais obligée de quitter la pièce.
Il y avait un tel décalage entre l'idée que les
journalistes se faisaient du groupe et la réalité.
J'avais l'impression que tout allait nous échapper, qu'on
allait faire de Portishead un monstre, à force d'inventions
et de déformations. Pour moi, ne pas parler n'était
donc pas une attitude, un coup, un calcul, mais un moyen de me
protéger. Je connais des tas d'écrivains qui ne
parlent pas et ça ne choque personne. Personnellement,
je n'ai jamais pensé que Dummy était un disque particulièrement
excitant, contrairement à ce que tant de gens disent. Je
me demande encore pourquoi on veut me rencontrer.
Au début, que ressentais-tu en voyant ton visage en
couverture des magazines?
J'ai souvent l'impression qu'il y a deux Beth Gibbons : la première,
publique, qu'on voit dans les journaux. Et l'autre, que personne
ne reconnaît jamais dans la rue, la fille de la campagne
qui a grandi au milieu des vaches. Moi, je ressemble aux femmes
de ma région, pas à Madonna… J'ai été
élevée loin de tout, dans une ferme. Mes parents
ont divorcé quand j'étais toute petite, il n'y avait
donc pas d'homme à la maison : nous avons toujours vécu
entre filles - avec ma mère et mes trois soeurs, Anna,
Kathreen et Lydia. A 61 ans, ma mère qui vit maintenant
seule doit se débrouiller avec son bétail, une vingtaine
de têtes. Elle est tellement courageuse… La ville
la plus proche, Exeter, se trouvait à des dizaines de kilomètres
de chez nous. Au mieux, on s'y rendait une fois par mois. Pourtant,
j'étais assez heureuse : nous avions énormément
de travail à la ferme, tout le monde se retroussait les
manches - pas le temps d'avoir des états d'âme. A
17 ans, j'ai vu quelques copines partir pour la ville. Moi, je
préférais rester à la ferme et aider ma mère.
Beaucoup trop fainéante, je n'avais pas le niveau pour
aller à l'université... J'ai quitté la ferme
une première fois pour m'installer avec un garçon,
mais quelques mois plus tard, je suis revenue chez maman. Finalement,
j'y suis restée jusqu'à mon vingt-deuxième
anniversaire.
Comment as-tu découvert le chant?
Nous n'avions que quelques disques : des vieilles compilations
sans intérêt, deux ou trois albums de vainqueurs
du concours de l'Eurovision. La musique ne m'intéressait
pas particulièrement, je me contentais de chantonner en
écoutant la radio. J'ai toujours pensé que ma voix
était sans intérêt... J'étais la cadette
de la famille et passais mon temps à suivre mes soeurs
en tentant de me faire accepter. Comme elles - et comme tous les
gamins de la région -, j'allais à l'école
par obligation : je préférais être chez moi
ou avec les animaux, en pleine nature. Apprendre l'histoire ou
la littérature me semblait inutile, j'en savais assez pour
vivre paisiblement. A 18 ans je me suis inscrite dans une école
de tourisme puis je suis partie à l'étranger pendant
deux semaines ; là, j'ai réalisé que je ne
supportais pas l'idée d'être loin de chez moi. Alors,
j'ai pensé devenir nourrice.
Que disent tes parents de ta nouvelle vie?
Mon père n'a pas d'opinion - je ne le vois quasiment plus.
Ma mère, il y a encore un an, me disait de tout lâcher,
de trouver un mari solide et de faire des gosses. Dans le Dorset,
beaucoup de gens pensent encore qu'il n'existe pas d'autre vie
possible... Avoir vécu seule avec ma mère m'a rendue
très indépendante. Je peux vivre sans homme. Si
ma voiture tombe en panne, je sais la réparer - je m'y
connais assez en mécanique pour dépanner un tracteur.
Spirituellement, je ne sais pas très bien, je m'interroge...
Dans mes expériences passées, je n'ai jamais réussi
à détruire entièrement ce mur qui me sépare
des hommes.
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